Fresques murales HDO2 - Sylvie Herzog / Fernand D'OnofrioSYLVIE HERZOG
FERNAND D'ONOFRIO

Peintures Murales

Fernand D'Onofrio
tableaux de Fernand D'Onofrio

Fernand D'Onofrio

Fernand D’Onofrio aime peindre de grandes toiles et tient de tout petits discours.
Ceux, qui voudraient l’entendre parler de son art, de sa manière, de sa vision, de toutes ces sortes de propos qu’on attend d’un artiste en sont donc pour leurs frais lorsqu’on se penche sur son parcours. Les lecteurs de son livre-bilan (bilan intermédiaire évidemment, bilan des années de fondation). Un « livre d’art », comme on dit, mais où, pour accompagner les images des toiles qui sont autant d’étapes de son parcours il a commis un texte dans lequel il n’est quasiment pas question de peinture. Ni de ces fameuses affres qui préluderaient à la création. Un livre truculent, au demeurant, plein de verve jusque dans l’invention de mots. Un livre qui, passez moi l’expression, rapproche de nous les toiles de Fernand à mesure que se dévoile sa personnalité généreuse, dévoreuse d’impressions et d’expériences. Ici on ne « comprend » pas. On vit et on se laisse guider.

Ce livre « très à part », je vous le recommande pour le plaisir plus que pour l’érudition. Mais si je l’évoque, c’est tout simplement parce que, ce qui, vous séduit, vous subjugue, vous interpelle, vous étonne, vous rebute peut-être mais ne vous indiffère certainement pas, est l’expression de la générosité, de la manière festive de « happer l’existence » qui est celle de Fernand.

Je peux en témoigner pour les dix ans où nous nous croisons: ce peintre est l’homme du geste ample, sans mesquinerie, pour les premiers mouvements qui structurent la toile, comme il est l’homme du travail sur la matière auquel il accorde des heures sans compter. Avec une patience de bénédictin. Un moine, Fernand ? Un peu… mais à la manière du bon et joyeux Rabelais. Lequel, vous vous en souvenez, visait le bonheur de ses contemporains…

L’étonnant, chez Fernand, qui est un autodidacte -ce qu’il revendique comme un état et non comme une qualité qui nous rendrait moins exigeant quant à son travail- c’est que, dès le début, il eut l’ambition des « vastes espaces ». Ainsi, lorsque son premier atelier, presque clandestin, se limitait à un coin de chaufferie qui ne permettait pas d’installer de grands cadres, il jetait ses premiers fantasmes -réinventant au passage et en toute innocence le surréalisme- sur des toiles qu’il développait comme des phylactères. Des « toiles au mètre » que, plus tard, il ne déroulera que pour quelques privilégiés. Presque en catimini… Peut-être pour faire prendre la mesure du chemin qu’il a parcouru, lui, le peintre en mouvement perpétuel, vivant diverses « époques », évoluant de la figuration à l’abstraction lyrique, toujours avec la même exigence de maîtrise technique.

L’étonnant, en l’affaire, c’est que les œuvres qui témoignent des inspirations successives ont gardé tout leur pouvoir de séduction. Les escaliers bleus, parfois parcourus par des personnages pareils à des boules de feu ; les corps décharnés issus d’une sorte de danse macabre ; les outils emmaillotés ; les nus saisis avec une respectueuse sensualité ; les jeux de mains d’une habileté toute florentine ; les compositions presque symbolistes et aujourd’hui la matière qu’il manipule structure et déstructure pour aboutir a une maîtrise d’équilibriste dans son atelier de chimiste … sont autant de « moments » qui nous parlent et nous émeuvent toujours. Parce que, effet du refus de la négligence, chaque toile, dans son style propre, était aboutie… Et que nous savons que chacune a été pour Fernand une occasion de se remettre en question. De se forcer à aller, au prix du risque, vers d’autres possibles, quand il aurait été si simple d’exploiter un filon… et de s’y tenir.

Les « toiles monuments » d’aujourd’hui procèdent de toutes ces années d’exigence et d’évolution. Chacun les verra, ou, plutôt : les vivra, à sa façon. Oserais-je dire, qu’à moi, elles offrent le bonheur d’une présence quasi charnelle de la lumière. Au point que plutôt que de les admirer j’aimerais m’y perdre.

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Jean-Marie Haeffele


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